
Les hypoglycémies avec perte de connaissance sont exceptionnelles, mais elles peuvent néanmoins survenir dans certaines circonstances. Le rôle des proches est alors capital, puisqu’il en va de la vie de la personne diabétique. Le point sur la conduite à adopter avec Georges Cimarelli, infirmier spécialiste clinique pour les soins aux personnes diabétiques aux HUG.
Par Patricia Bernheim
«Une hypoglycémie, c’est-à-dire un taux de sucre trop bas dans le sang, se manifeste par deux types de signaux d’alarme, rappelle tout d’abord Georges Cimarelli. Dans un premier temps, le corps sent que le sucre manque et il sécrète de l’adrénaline. Les extrémités, pieds et mains, sont froides, le patient a des sueurs froides, des tremblements et il est pâle.»
Attentives à ces signes, les personnes diabétiques savent qu’elles doivent alors réagir rapidement en ingérant l’équivalent de 15 g de sucre (4 morceaux ou 3 sachets) ou en buvant 11/2 dl de soda ou de jus de fruits. Si la personne ne réagit pas à ce premier signal, c’est son cerveau qui va manquer de sucre*.
«Le patient sent que ce dernier fonctionne moins bien. Il est dans le brouillard, a des problèmes d’équilibre, de la peine à enchaîner ses idées, sa vue se trouble. Il se sent complètement vidé, dépourvu de force, comme s’il avait perdu le contrôle de son corps, poursuit l’infirmier. En fait, le cerveau débranche tout ce qui n’est pas vital. C’est à ce moment-là que le patient a besoin d’aide, autrement dit d’un apport immédiat de glucose.» L’urgence est réelle: si rien n’est fait, la personne perd alors connaissance, le cerveau a besoin rapidement d’être réalimenté en sucre*.
*Le terme sucre est à considérer comme générique pour glucose, glucides, hydrates de carbone.
«Lorsqu’une personne diabétique perd conscience, le premier geste à avoir est de la mettre en position latérale de sécurité, la tête légèrement inclinée vers l’arrière de manière à lui permettre de mieux respirer.» Comme il n’est pas possible de faire avaler du sucre* sous une forme ou sous une autre à une personne inconsciente, il faut appeler le numéro 144 ou avoir recours au glucagon, une hormone qui stimule le foie à libérer du sucre*.
Créés spécialement pour les situations d’urgences, les Glucagen Hypokit contiennent un flacon de glucagon lyophilisé et une seringue remplie d’eau. Dix à 15 min après l’injection, la personne reprend connaissance. «Le glucagon, c’est l’équivalent d’un extincteur. On n’en a pas besoin jusqu’au jour où… Et ce jour-là, on est content d’en avoir un, chez soi, au bureau ou à l’école, et de savoir comment cela fonctionne.» Certains diabétiques informent eux-mêmes leurs proches sur la marche à suivre. De son côté, la consultation d’enseignement des maladies chroniques des HUG propose une formation à ceux qui le souhaitent. Un apprentissage qui n’a rien d’inutile: le stress provoqué par un malaise peut faire perdre les pédales. Il est donc préférable de s’être familiarisé avec la technique auparavant.
Il peut aussi arriver que l’émotion bouleverse les proches au point qu’ils ne parviennent pas à accomplir les gestes adéquats. «Ils doivent alors trouver quelqu’un qui soit prêt à le faire en suivant leurs instructions. S’ils sont seuls, ils doivent composer le 144. L’important est de rester actif. Si on ne fait rien, c’est de la non-assistance à personne en danger», souligne Georges Cimarelli.
Lorsque la personne est revenue à elle, il faut impérativement lui donner du sucre*. L’effet du glucagon cesse au bout de 40 min environ, et la personne risque un nouveau malaise. Puis, il faut s’interroger sur les causes de l’hypoglycémie de manière à pouvoir compenser et éviter un nouveau malaise. Georges Cimarelli relève que les plus fréquentes sont:
Matin: abdomen ; repas: abdomen ou bras ; et coucher: cuisse.
Attention, certains médicaments peuvent provoquer des hypoglycémies, ce sont notamment: Amaryl, Diamicron, Daonil, Glucovance, Novonorm, Starlix.
*Le terme sucre est à considérer comme générique pour glucose, glucides, hydrates de carbone.
Si les traitements permettent de limiter les hypoglycémies, elles n’en restent pas moins inévitables. Pour sa sécurité personnelle, comme pour celle des autres, il y a donc un certain nombre de précautions à prendre. «Nous recommandons aux personnes diabétiques de toujours avoir sur elles quatre morceaux de sucre de raisin au minimum.
De même, il devrait toujours y avoir dans la voiture un paquet de biscuits, du genre petits-beurre, ou un en-cas pour remplacer un repas. Lors d’un long trajet en voiture, la personne qui conduit devrait manger un biscuit toutes les heures et s’arrêter toutes les deux heures pour faire une pause. Il ne faut pas oublier de manger avant de prendre le guidon ou le volant et avoir un petit en-cas lorsque l’on prend l’avion. Mieux vaut une glycémie un peu plus haute, pendant un trajet ou un voyage, qu’une hypoglycémie», conclut Georges Cimarelli.
Pour se rassurer, il faut savoir que quel que soit l’endroit où l’on pique (sous la peau, dans un muscle ou une veine), d’une part, on ne peut pas faire de mal et, d’autre part, l’effet sera le même. C’est la raison pour laquelle ces injections peuvent être faites par des non-professionnels, qu’ils soient parent, conjoint, entraîneur de sport ou institutrice. S’il y a la moindre contre-indication à l’emploi de cette substance pour la personne, le diabétologue ne le prescrira pas. Il faudra alors faire appel au 144, et les soignants pourront dès leur arrivée injecter en intraveineuse une solution concentrée de glucose.
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